C’est vrai avec un tout-petit et sans doute encore plus vrai avec un ado

Sandra Dodd proposait aux parents d’imaginer avoir à sa disposition un petit carnet de « bons pour dire non » jusqu’aux deux ans de son enfant. Je ne me souviens plus du nombre exact qui importait peu de toute façon. 

L’idée était de limiter nos non  afin qu’ils gardent de la valeur. 

Si on dit non sans arrêt à un tout-petit, au bout d’un moment, il ne les entend même plus. Ou du moins, il n’en tient plus trop compte. Pour reprendre l’idée de Sandra Dodd, c’est comme si l’on avait épuisé tous nos bons.

D’autre part, arrivé. à l’âge de deux ans, notre enfant sera à saturation et alors sur la défensive.

Il risque même de ne plus faire la différence entre un non vital (ne boit pas ce produit toxique) et un autre non (ne renverse pas ton assiette). « Maman m’a dit non tout à l’heure, je l’ai quand même fait et il n’y a pas eu de souci ». Ou « Papa m’a dit non, non, non, j’ai continué et il m’a laissé faire au final ».

On perd en crédibilité.

Attention, petite parenthèse importante à mes yeux. Ca n’est pas la même chose si l’on dit non sans trop y penser puis que l’on se ravise car il y a réfléchi davantage. Quand on dit à son enfant: « en fait, je ne sais pas pourquoi j’ai dit non, il n’y a pas de raison, tu peux y aller », cela renforce au contraire le lien de confiance. Il voit qu’on n’abuse pas de notre pouvoir, qu’on fait en sorte que nos non soient justifiés.

Un enfant, comme tout un chacun, a besoin de faire sens de ce qu’on lui dit. Il a besoin de cohérence. C’est pour cela qu’il est si important de questionner ses non. 

De se poser fréquemment la question: « Ai-je une raison valable de ne pas dire oui »?

Si trop souvent, on oppose à nos enfants des non pas vraiment justifiés, cela amenuisera la confiance qu’il nous porte. 

Cette idée va de pair avec celle de rendre possible tout ce qui l’est. De toujours (ou presque!) faire en sorte d’aider notre enfant à obtenir ce dont il a envie.

L’éducation traditionnelle nous a fait penser qu’on allait les gâter en agissant ainsi. Ce serait sans doute vrai si les petits humains étaient des êtres vils prêts à nous dévorer le bras entier si on leur donne notre main. Il n’en est rien. C’est même tout le contraire qui se passe. 

Quand on fonctionne de cette manière, notre enfant apprend que ses envies ont autant d’importance à nos yeux que les nôtres. Il sait qu’on n’est pas là pour lui mettre des bâtons dans les roues. 

Par conséquent, quand on dit non, il le prend au sérieux et à moins de mal à supporter cette frustration. Si frustration il y a d’ailleurs. Car lorsqu’on ne fruste pas une personne inutilement, il ne se sent pas frustré à la moindre occasion.

Ca n’est pas grave que ce ne soit pas possible à l’instant T car c’est possible la plupart du temps.

Ce qui est magique c’est que cette confiance qui se tisse peu à peu continue à exister quand notre enfant devient ado. Il continue à prendre notre parole au sérieux. Il sait que quand on le met en garde contre un danger possible, ça n’est pas pour l’embêter. Il ne nous voit pas comme des rabat-joie. 

Et, au moment où l’on voudra plus que tout au monde que notre ado nous écoute, au moment où les risques seront d’une autre taille que ceux de la petite enfance, à ce moment bien précis, on se félicitera de lui avoir toujours montré qu’on était de son côté.


Avant de clore cet article, je souhaite clarifier un point. Je n’insinue pas que c’est mal de dire non, ni qu’il faut le bannir et le remplacer par un autre mot. Un « stop » ou un « arrête s’il te plaît » non justifié fera le même effet qu’un non non justifié. J’entends trop souvent des discours du genre « moi je ne dis plus jamais non, je dis stop à la place ». Je n’ai aucun problème à dire non quand c’est nécessaire même si avec un tout-petit j’aime le faire suivre par un « ça tu peux en revanche ».

La réflexion à mener n’est pas sur la forme mais sur le fond. Comment lutter contre le rabat-joie en nous et s’habituer à dire oui dès que l’on peut.


Plus on prend cette saine habitude, plus cela devient facile de dire oui. On passe en quelque sorte du mode non par défaut au mode oui par défaut. Et nos enfants s’en portent mieux.



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