Pas la peine de vous laisser ronger par la culpabilité. Cela n’aidera pas à stopper le cycle de la violence et à arrêter de crier. Au contraire, cela risque de vous faire sentir encore plus mal, encore plus en colère par effet rebond, et vous crierez peut-être encore plus fort la fois d’après.

Quand on crie sur son enfant, c’est bon signe de se sentir coupable car si l’on n’y voit aucun mal, il n’y a aucune chance d’y mettre un terme. 

Stop à la banalisation des cris

D’ailleurs, tous les discours se voulant déculpabilisant du genre « faire de son mieux c’est tout ce qui compte », « c’est humain », « ça arrive à tout le monde », « l’important c’est de s’excuser » font beaucoup plus de mal que de bien.

Cela minimise et banalise la violence faite aux enfants.

Cela complique la tâche des parents qui tentent désespérément de s’en sortir.

Imaginez un homme qui viendrait faire son mea culpa sur les réseaux sociaux parce qu’il hurle sur sa femme régulièrement. Imaginez qu’il s’en excuse. Publiquement en écrivant son message mais auprès d’elle aussi. A chaque fois. Il s’en veut tellement. Il sait qu’elle ne le mérite pas. Mais, c’est plus fort que lui. Elle le pousse à bout (même si elle ne le fait pas exprès) et lui fait péter des câbles. Il regrette chaque mot. Chaque cri. Il voit bien que ça la terrifie. Il voit ses yeux remplis de larmes et de panique. Mais, il ne peut pas s’en empêcher. 

Imaginez que cet homme en appelle à tous les autres hommes dans le même cas que lui et qu’il compatisse sur leur sort. Vous n’êtes pas seuls à vivre ça. Je sais à quel point c’est douloureux pour vous. A quel point, vous vous sentez coupables. Allez les gars, on y arrivera. S’excuser, c’est le plus important. Et puis, le mari parfait, ça n’existe pas. On reste des humains après tout. Un pas à la fois. Essayons de faire mieux la prochaine fois.

Les commentaires seraient-ils aussi indulgents qu’ils le sont quand une maman avoue avoir hurlé sur son enfant? Que ressentiriez-vous en lisant un autre homme, qui lui aussi a parfois des réactions violentes envers sa femme, répondre: « Ça me fait tellement de bien de te lire. Je me sens moins seul. C’est tellement dur mais, oui, on fait tous des erreurs. Bravo pour ton courage, ton témoignage est si fort. Et surtout, n’oublie jamais que tu es un super mari et que tu fais de ton mieux ».

Briser le cycle de la violence

Pendant longtemps, la violence envers les enfants a été considérée comme normale et même salutaire. Comme l’avait été auparavant la violence faite aux femmes. 

Alors, les vieux schémas de pensée à la peau dure

On commence à en sortir. Doucement. Trop doucement.

Si, parmi les experts en parentalité bienveillante, c’est, à présent, évident que la fessée est nocive et parfaitement inadmissible, il n’en est pas de même pour les cris. Il existe encore une tolérance contre-productive à ce sujet.

Et oui, c’est humain de crier, n’est-ce pas?

Et bien non, il n’y rien d’humain à crier sur son enfant. Ce qui fait partie du fonctionnement humain, c’est de reproduire les violences subies. On devient bourreau après avoir été victime car notre cerveau en a été affecté.

Mais, aucun être humain n’est naturellement programmé pour hurler sur son tout-petit.

Pour enfin briser le cycle de la violence, il est donc indispensable de ne pas minimiser, ni banaliser la violence en question. Je pourrais vous citer toutes les études montrant les dommages des cris sur le cerveau mais a-t-on vraiment besoin de preuves scientifiques? On le sait. On sait pertinemment qu’on fait du mal à nos enfants quand on leur hurle dessus. Si l’on veut bien y prêter un peu d’attention, on le voit aussi dans leurs yeux. On voit la peur, la panique, la peine, la souffrance, l’incompréhension, la sidération.

C’est précisément la raison pour laquelle on culpabilise.

Prendre conscience de ses propres blessures pour ne pas en infliger

Mais ce sentiment de culpabilité ne doit servir qu’à la prise de conscience: je fais quelque chose de mal, je n’ai pas le droit de faire ça, je ne le referai plus.

Ensuite, il faut comprendre d’où ça vient. On doit réaliser qu’on a été nous-mêmes victime et qu’on ne ferait pas subir ça à notre enfant si nous n’avions pas subi le même genre de chose étant enfant.

Sans minimiser là non plus. Les « j’en suis pas mort » et autre « ça ne m’a pas traumatisé » sont une résultante de la loyauté et de l’amour sans faille que chaque enfant voue à ses parents. Ce genre de déni nous bloquera. Si cela ne nous a pas fait de mal, cela n’en fera pas plus à nos enfants. Il n’y a donc pas de raison d’arrêter.

Une fois qu’on a cela en tête et qu’on a identifié ce qui nous « déclenche » (comprendre pour apprendre à faire autrement), n’oublions pas qu’on a besoin de positif pour avancer. Cela n’est pas la peine de s’appesantir sur toutes les erreurs déjà commises. Pas la peine non plus d’angoisser sur les possibles répercutions sur nos enfants du mal déjà fait. 

La seule chose qui compte, c’est de briser le cycle et que les cris deviennent un tabou du même ordre que les coups. Concentrez-vous sur le présent. Soyez fière de vous et du changement énorme que vous impulsez. 

C’est un cadeau sans prix que vous faites à vos enfants et à vous-même. 

Et bientôt, vous n’imaginerez même plus avoir pu crier un jour. 

Car, non, ce n’était pas la normalité et ne pas (ou ne plus) reproduire vous aura permis de guérir vos propres blessures, d’en ressortir profondément apaisé. Et plus humain.

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