En Anglais, on parle de « terrible two ».

En Français, c’est la fameuse et terrifiante « crise des deux ans ».

Comme la crise d’adolescence, cette crise-là est sans doute l’invention d’un adulte qui ne comprenait pas les enfants, et qui n’était absolument pas en faveur de la paix des familles.

Car s’il y a crise autour du cap des 2 et 13 ans, c’est du côté et du fait des adultes. Les enfants, eux, n’y sont pour rien. 

Attention, mon intention n’est pas d’accabler les parents qui feraient face à des difficultés mais, au contraire, de les aider peut-être à voir les choses autrement pour, à terme, ne plus rencontrer de difficultés.

Je précise aussi que je ne nie pas les changements et les chamboulements (physiologiques, hormonaux) liés à l’âge, je dis simplement qu’ils n’ont pas à déclencher une crise familiale.

D’autant que l’être humain est, de toute manière, en constante évolution. On change, on évolue en permanence. 

Si le parent s’adapte, s’il n y a de dysfonctionnements éducatifs, il n’y a pas de crise.

D’ailleurs, cette soi-disant « crise des deux ans » n’est pas présente dans de nombreuses régions du monde comme l’a expliqué la thérapeute britannique (dont je ne partage pas certaines positions), Gillian Bridge. 

“Un tout-petit de 2 ans ne fait pas « sa crise » tout comme un ado de 13 ans ne fait pas la sienne”

Le problème à en parler à tort et à travers ? 

En fait, j’en vois plusieurs.

Tout d’abord, la considérer comme une réalité et comme une fatalité démultiplie les risques de traverser, en effet, une période chaotique autour des deux ans de son tout-petit. 

Ensuite, cela nous amène à porter un regard négatif sur notre enfant. 

Enfin, quand on fait face à une difficulté, au lieu de changer notre comportement, d’essayer de comprendre les réactions de notre bambin, de nous remettre en question, on va rejeter la faute sur l’âge:

« et oui, on est en pleine crise des deux ans ».

Un tout-petit de 2 ans ne fait pas « sa crise » tout comme un ado de 13 ans ne fait pas la sienne.

Ils agissent du mieux qu’ils peuvent dans le contexte où ils évoluent.

Ce qui se passe à l’aube des deux ans de notre enfant, c’est qu’il va commencer à s’affirmer de plus en plus comme une personne à part entière. Il l’était bien sûr depuis sa naissance mais jusque-là, c’était facile pour le parent de ne pas en tenir cas et de faire à sa guise. N’entend-on pas parfois des parents ou grands-parents dire: « oh, je les adore à cet âge, on peut en faire ce que l’on veut » (sic). 

Comme pour la soi-disant crise d’ado, la période correspond à un besoin d’affirmation, d’autonomie, une envie d’avoir plus de marge de manoeuvre, de liberté. 

Si des difficultés apparaissent alors, elles sont du fait du parent qui freine des quatre fers, se braque, n’arrive pas à lâcher prise et à s’adapter pas aux changements. C’est donc plus le parent qui fait sa crise, non pas parce que c’est un mauvais parent mais parce qu’il ou elle est mal informé(e).

Par exemple, notre tout-petit veut faire « tout seul » mais on s’obstine à vouloir faire pour lui parce que c’est plus rapide, parce qu’on ne peut pas perdre de temps. En disant cela, je ne veux pas, là-encore, jeter la pierre au parent. Je sais bien que parfois on manque de temps. Mais, pour moi, prendre conscience justement que la raison est externe à notre bambin change complètement la dynamique. 

Un autre exemple: on n’adapte pas notre mode de vie à ses capacités du moment. On s’obstine là-encore à vouloir l’amener dans des lieux regorgeant de tentations ou complètement inadaptés au besoin de bouger, de toucher et de faire du bruit d’un bambin de deux ans. 

Bien souvent nos attentes sont irréalistes. 

Bien souvent, le point de tension est né d’une succession de malentendus et autres quiproquos.

Et il y a aussi toutes ces fois où l’on pense bien faire alors qu’on fait de travers.

Dans les articles et livres autour de la bienveillance revient souvent cette idée qu’il est important de verbaliser, d’expliquer à son enfant.

Le parent en déduit, à juste titre, que s’il explique bien à son enfant, qu’il prend le temps de verbaliser, de se mettre à sa hauteur, tout roulera. Quand rien ne roule, l’agacement n’en est que plus fort. « Mince à la fin, je fais tous ces efforts, je lui parle beaucoup, je prends le temps de tout lui expliquer… et résultat ça part quand même en cacahuète ».

Première erreur: un enfant aussi ne va pas être réceptif à de longs discours, il n’aura pas forcément les capacités de comprendre ce qu’on attend de lui. Parfois, en dire moins, c’est mieux. Et montrer l’exemple sera toujours le plus efficace. 

Deuxième erreur: on reste dans l’idée plus ou moins consciente qu’un enfant doit obéir. On n’a pas encore intégré le respect de l’enfant – au même titre que tout individu – comme quelque chose allant de soit (plutôt qu’une faveur qu’on lui ferait). L’équité à laquelle tout le monde a droit n’est pas encore naturelle pour nous.

Troisième erreur: on ne pense pas à une alternative. On voit chaque situation en mode manichéen. Tout blanc ou tout noir. Interdire ou laisser faire n’importe quoi.

Ainsi, si notre tout-petit ne veut pas nous tenir la main, on va penser « ah non, mais là c’est pas possible, je ne peux quand même pas le laisser se faire écraser ». Ce qui est parfaitement vrai d’ailleurs. Mais entre le forcer plus ou moins violemment et le laisser passer sous les roues d’une voiture, il y a un monde à explorer. Et c’est vrai pour tout. Dans cet exemple, on peut lui demander de tenir notre sac, ou notre caddie (si on est sur un parking). On peut le porter ou le promener en poussette si cela lui convient encore. On peut se mettre entre lui et la route pour le protéger sans qu’il ait à nous tenir la main (mes enfants ne nous ont que très peu tenu la main, et quand c’était vraiment nécessaire, ils le faisaient sans souci étant donné qu’on n’en avait pas fait – sans faire exprès – un point de lutte). 

On peut également le prendre dans les bras en urgence face à un risque, en lui disant « houla, désolé(e) mais là c’est trop dangereux », tout en le reposant le plus rapidement possible, en soulignant : « là, c’est bon tu peux marcher/courir tranquille, il n’y a plus de risque »…

Les difficultés rencontrées à ces périodes sont aussi parfois la conséquence de mois ou années d’abus de pouvoir de notre part. Les enfants, progressivement, deviennent résistants, défiants. 

Le moins on aura dit non à un bébé le moins il aura recours à ce mot tant entendu ensuite. 

Si l’on on s’habitue à prendre en compte ses besoins et envies dès qu’elles apparaissent, il ne se tendra pas petit à petit car il n’aura pas besoin d’être sur la défensive.

Un dernier exemple: mon tout-petit de 16 mois tend les bras et exprime clairement ce qu’il veut, depuis un petit moment, notamment quand il voit ces manèges immobiles dans les supermarchés. Je pourrais accélérer le pas et lui dire « non, non, plus tard » mais, dès que c’est possible, je m’arrête et le laisse explorer les jouets (c’est gratuit pour l’instant, il n’a pas compris l’intérêt de mettre une pièce). Ça ne veut pas dire que je peux toujours répondre à ses demandes mais je le fais le plus souvent possible. Exactement de la même manière que je le ferai avec mon chéri en fait… enfin, en prenant compte des différences liées à l’âge quand même!

Tout ça pour dire qu’il n’y rien de tel qu’une crise des deux ans. Ou une crise d’adolescence. 

Si on n’entre pas en lutte contre nos enfants, si on les comprend, qu’on les respecte et les écoute. Il y aura peut-être parfois des petites difficultés, des chagrins, des tâtonnements, des erreurs dont on apprend. Il y aura sans aucun doute un travail à faire sur nous-mêmes (et ce travail nous aidera à refermer des blessures encore à vif).

Mais il n’y aura pas de crise. 

Et il n’y aura pas non plus de crises de rage à répétition, ces crises tant redoutées par les parents qui ne sont pas non plus une fatalité comme on nous le laisse croire. 

A suivre dans un prochain article…

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