Je voulais faire quelques recherches avant d’écrire cet article sur le mythe de l’enfant-roi (et autre enfant tyran ou syndrome de l’empereur) pour trouver notamment des définitions précises.

Je n’étais pas préparée à lire autant d’horreurs énoncées par autant de grands noms considérés comme expert de l’enfance en France (psychologue, psychiatre pédagogue…).

J’ai toujours l’impression (ou l’espoir) qu’on en a fini avec cette vision négative et toxique de l’enfance, que c’est bien loin tout ça. Malheureusement, elle est encore bien vivace. 

L’enfant roi, tel qu’on l’entend aujourd’hui. serait un enfant tellement choyé, que l’on a laissé tellement libre, auquel on donné tellement de pouvoir sans lui poser aucune limite qu’il en est devenu une sorte de monstre d’égoïsme et d’égocentrisme.

Intolérant à la frustration, insatisfait chronique, dominateur, manipulateur, cet enfant, victime de l’excès d’attention et de bienveillance de ses parents, ne supporterait pas la moindre contradiction et leur ferait vivre un véritable enfer.

Pourtant, pas la peine d’être historien, pour savoir que les enfants rois étaient tout sauf respectés. Ils n’étaient pas accompagnés avec douceur et compassion. On ne leur laissait pas le choix.

Ils étaient, au contraire, privés de leur enfance, exploités (mariages arrangés et autres joyeusetés), violentés. S’ils devenaient tyranniques, ce n’était pas suite à un excès de liberté et d’affection mais, au contraire, à un excès de contrôle et d’abus.

C’est exactement la même logique pour les enfants que l’on nomme enfants rois. Ils ne sont pas devenus intolérants à la frustration parce qu’on a tenté de leur éviter un maximum de frustrations. Ni parce qu’on a voulu leur laisser un maximum de liberté. Ils ne sont pas devenus « tyranniques » parce qu’on leur a laissé trop de pouvoir. 

Ce ne sont pas des enfants à qui l’on n’a jamais dit non. D’ailleurs, je ne comprends même pas que l’on puisse écrire ni même penser cela car aucun parent ne dit jamais non. Aucun!  

Et cet enfant tellement chouchouté qu’il en deviendrait insupportable, il n’existe pas non plus.

Aucun enfant n’a les pleins pouvoirs. Pour ne donner qu’un petit exemple, ces enfants-là choisissent-ils de se lever ou non tous les matins pour aller à l’école? Choisissent-ils de rester assis plusieurs heures par jour même quand la science a clairement démontré le besoin de mouvement des plus petits? Choisissent-ils les activités dans lesquelles s’immerger?

Quand un enfant est perçu comme difficile par les adultes qui l’entourent, c’est toujours qu’il se trouve en difficulté. Car on l’a mis en difficulté. A l’école. Et/ou à la maison.

De nombreuses familles ont pu vérifier depuis longtemps, l’hypothèse selon laquelle la bienveillance est nécessaire pour le bon développement des enfants. Elles ont pu voir irl que cela ne menait pas au chaos comme trop de gens l’imaginent.

Bien avant que cela ne soit confirmé par les neurosciences. 

J’ai moi-même pu l’observer de très près. Mon grand devrait être le pire des tyrans car on a poussé loin le respect de ses souhaits et envies quand il était tout-petit. On a tâtonné avant de trouver notre équilibre. On n’osait pas toujours dire non (même quand on aurait pu), on avait toujours peur de tomber dans la contrainte ou le non-respect car on se méfiait de nos réflexes automatiques. On pouvait donc se retrouver à passer plusieurs heures d’affilée dans une aire de jeu. Jusqu’à la fermeture. Attention, il ne nous forçait pas. On faisait ce choix de le laisser profiter autant qu’il le voulait (et on a vite trouvé de chouettes moyens de nous occuper nous aussi pendant ce temps-là). Mais, on lui permettait énormément de choses. 

Si on leur donne un doigt, ils nous prennent le bras, dit le dicton.

A-t-il pris le pouvoir en notre royaume? Est-il devenu, 15 ans plus tard, un tyran sans foi ni loi? 

Non. Rien de tout ça. Il est même tout le contraire. Et il suffit de le voir avec son petit frère de 2 ans pour comprendre que tous les trésors de patience que l’on a pu déployer avec lui ont eu comme seule conséquence de développer chez lui des trésors de patience.

La patience engendre la patience.

La générosité engendre la générosité. 

La gentillesse engendre la gentillesse.

La France est loin d’être l’amie des enfants. Il y a un énorme travail à faire de remise en question pour se défaire de tous nos vieux clichés héritées de longues années de domination de l’adulte sur les plus jeunes.

Oui, la route est longue avant que le pays des droits de l’homme ne se mette enfin vraiment du côté des enfants.

Le premier pas est de se défaire de toutes ces idées d’enfant roi ou trop gâté.

Et de les remplacer par cette seule certitude:

La bienveillance engendre la bienveillance.

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