« Attention à ne pas tomber dans le laxisme! »

La phrase est lâchée. 

Comme un épouvantail, elle vient semer le doute dans notre esprit et teinter notre enthousiasme.

C’est le croque-mitaine des parents bienveillants. 

Et je ne crois pas me tromper en disant que tous les parents qui tentent d’être plus compréhensifs et respectueux avec leurs enfants sont assurés de l’entendre au cours de leur cheminement.

Je ne fais pas ma maline. J’ai moi-même été envahie par ce doute. J’avais d’ailleurs envoyé, sur un groupe de discussion, un message intitulé: « Autorité, laxisme, je suis perdue ».

Il n’y a pourtant aucune raison d’avoir peur d’être laxiste.

Si l’on regarde la définition du Larousse, laxisme signifie « attitude de quelqu’un qui est excessivement indulgent, tolérant ».

« Excessivement indulgent, tolérant »?

Si l’on continue l’exploration du dictionnaire, une personne indulgente, c’est quelqu’un qui « pardonne aisément les fautes, qui n’est pas sévère, dur ».

Être tolérant implique de « faire preuve d’indulgence et de compréhension », « d’admettre chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres. »

N’est-ce pas EXACTEMENT tout ce vers quoi devrait tendre un parent bienveillant?

L’éducation traditionnelle a réussi un tour de passe passe des plus impressionnants. Elle a réussi à nous faire croire qu’à vouloir être trop gentil, trop compréhensif, trop indulgent, on allait faire courir un risque à nos enfants.

Même l’éducation bienveillante continue à y croire. Il suffit de voir tous les articles du genre « comment être bienveillant sans être laxiste » pour s’en rendre compte.

Il n’y a pas beaucoup de certitudes en parentalité. Mais si je suis bien sûre d’une chose, c’est celle-ci: un parent qui tente de se défaire de vieux réflexes hérités d’une enfance un peu (ou beaucoup) trop stricte, n’a pas à s’inquiéter d’un excès d’indulgence ou de tolérance.

Non seulement ça ne lui pend pas au nez car même quand on a bien avancé pour être un parent plus sympa, il reste toujours en nous un côté rabat-joie que l’on doit faire taire régulièrement.

Mais en plus, on ne peut jamais être trop gentil, trop doux ou trop compréhensif avec son enfant.

Alors, je sais bien que lorsqu’on parle de laxisme, on fait allusion à des parents qui laissent faire n’importe quoi jusqu’au manque de respect d’autrui parfois.

Cela n’a tout simplement rien à voir avec du laxisme. 

Cela ressemble davantage à de la négligence, à un défaut d’accompagnement, à un manque de cohérence.

Un parent qui laisse son enfant taper un autre enfant sans rien dire.

Un parent qui laisse son enfant détruire les biens d’autrui sans rien dire.

Un parent qui ne transmet pas les codes du bien-vivre ensemble.

Ce parent n’est pas trop sympa ni trop compréhensif.

Il ne rend pas service à son enfant. Il a jeté l’éponge, sans doute parce qu’il est démuni ou dépassé. Ou parce qu’il n’a pas compris que liberté rimait avec respect.

Un parent qui laisse son bambin patouiller, verser, renverser pendant le repas parce qu’il sait que c’est une étape normale de son développement, un besoin naturel, une manière de se contruire.

Un parent qui se ravise et dit oui après avoir dit non parce qu’il y a réfléchi et a décidé que son premier non « réflexe » était injustifié.

Un parent qui ne limite pas arbitrairement.

Ce parent-là ne fait courir aucun risque à son enfant. Bien au contraire.

Il n’est pas trop compréhensif, indulgent, tolérant. Il est suffisamment compréhensif, indulgent, tolérant. 

Il lui offre ce dont tout être humain a besoin: le respect et l’écoute qu’il mérite.

(Visited 57 times, 1 visits today)

Laissez-moi un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *