Accueillir les émotions avec empathie?

C’est l’un des conseils que l’on retrouve un peu partout dès que l’on parle de parentalité « bienveillante » (enfin de sa version Canada Dry).

Face à la colère de son enfant, le plus important serait de valider l’émotion et de verbaliser.

Valider et verbaliser?

Il suffit déjà de prendre un peu de recul pour réaliser que quelque chose ne tourne pas très rond dans ces formulations.

Tout d’abord, pourquoi utiliser du jargon psy plutôt que l’équivalent dans le langage courant? N’est-ce pas déjà assez compliqué d’être parent sans s’en rajouter des couches?

Et ensuite, le plus important, parlerions-nous ainsi concernant nos autres relations, qu’elles soient familiales, sentimentales ou amicales?

Une amie nous confie sa colère. Allons-nous réfléchir en terme d’accueillir son émotion? De la valider? De verbaliser?

Allons-nous « écouter » son émotion avec empathie?

Si c’est le cas, nous prenons le risque, sans le vouloir (et avec la meilleure des intentions), de ne pas être la meilleure des amies. 

Car, en plus de sonner faux, cela ne sera pas ce qu’elle attend de nous.

En effet, à moins d’avoir un défaut d’empathie, que fait-on normalement si un(e) ami(e) ne va pas bien?

On lui offre tout naturellement une oreille attentive. On l’écoute. 

Elle.

Pas son émotion.

On fait tout pour se mettre à sa place et imaginer ce qu’elle ressent (des mots plus simples pour décrire ce qu’est l’empathie).

Elle n’a pas besoin (ni envie!) que l’on valide son ressenti. 

Elle nous appelle parce qu’elle sait qu’avec nous, elle sera entendue et comprise. 

Qu’on s’offusquera devant l’injustice qu’elle a subi. 

Qu’on aura de la peine en même temps qu’elle. 

Qu’on se révoltera avec elle en parfaite symphonie.

Et surtout qu’on mettra tout en œuvre pour lui remonter le moral.

Qu’on fera tout notre possible pour qu’elle se sente mieux.

C’est cet élément crucial qui manque quand on est dans une logique d«’écoute des émotions »: la compassion.

Dans un interview accordé au Journal de l’Université de Genève, la neuroscientifique et psychologue Olga Klimecki (https://www.unige.ch/lejournal/numeros/93/article1/article1bis/) décrit parfaitement la distinction entre empathie et compassion:

« Alors que l’empathie fonctionne comme un simple miroir des émotions d’autrui, la compassion implique un sentiment de bienveillance, avec la volonté d’aider la personne qui souffre ».

Au-delà de se mettre à la place de la personne qui se sent mal, on agit pour qu’elle se sente mieux.

Démontrer de l’empathie pour nos enfants quand ils pleurent ou hurlent ne suffit donc pas. 

Si l’on s’en tient à observer passivement, à décrire les émotions qu’on pense déceler (« je vois que tu es en colère »), on fait preuve d’empathie froide (ou cognitive). Et ça, même les psychopathes en sont capables 😅

Pour moi, c’est même de la fausse empathie. On ne réalise pas vraiment l’ampleur du mal-être de son enfant. Sinon, on agirait forcément. 

Pourquoi ne réalise-t-on pas à quel point il se sent mal? 

Il y a plusieurs raisons à cela. 

Parfois, c’est que manquons d’empathie pour n’en avoir pas assez reçu enfant.

D’autres fois, des théories douteuses ou des interprétations fausses de la science nous font croire, à tort, que l’état dans lequel se trouve notre enfant est inéluctable voire même bénéfique pour lui (cf la populaire notion de « décharge »).

On ne va donc rien tenter.

Pourtant, les touts-petits ont d’autant plus besoin de notre compassion que l’immaturité de leur cerveau ne leur permet pas toujours de se défendre seuls ou de trouver des stratégies pour se sentir mieux.

Ils en ont d’autant plus besoin que bien souvent, nous sommes la cause de leur colère ou tristesse et nous avons donc les moyens de stopper net ce sentiment d’injustice. En nous remettant en question et en réparant immédiatement. 

Suite dans un prochain post (oui je sais #articlesansfin 😅).

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