En lien avec la polémique autour de Yann Moix (celle concernant les maltraitances au sein de sa famille), on peut souvent lire ce genre de commentaire:

« Yann Moix ment. Il n’était pas la victime de ses parents mais le bourreau de son frère ».

Ces affirmations se basent sur la lettre d’Alexandre Moix, parue dans Le Parisien du 24 Août. Il y décrit son frère comme son bourreau et donne le détail horrible des violences subies. Pour lui, il est le seul vrai martyr et Yann Moix le seul vrai bourreau de leur histoire familiale.

Pourtant, la rare violence exercée par Yann Moix sur son frère n’est que la triste preuve de la véracité de ses propos. 

Alexandre Moix écrit: « J’ai subi 20 ans durant des sévices et des humiliations d’une rare violence de sa part. Ceux-là mêmes qu’il décrit dans son roman, en les prêtant à nos parents ». Mais s’il y autant de points communs entre leurs vécus, c’est que son frère reproduisait sur lui ce qu’il vivait ou avait vécu lui-même.

On ne naît pas violent, sadique, ou tortionnaire. On le devient. 

Un enfant ne se mettra JAMAIS à martyriser un autre enfant s’il n’a pas lui-même été martyrisé. 

Un bourreau est TOUJOURS une ancienne victime.

Cela n’est pas une excuse ou une justification. C’est un fait.

Il est normal bien sûr qu’Alexandre Moix en veuille à son grand frère. Il a sans aucun doute raison de vouloir se protéger et protéger ses enfants d’une personne toxique pour lui, encore à l’âge adulte. 

Il a tort, en revanche, de croire qu’il est la seule victime dans tout ce gâchis.

Et son frère est peut-être l’exemple de la pire victime qui soit.

Celle qui est niée dans son vécu de victime: une violence intolérable qui s’ajoute à celle de départ. 

Celle, surtout, qui fait une autre victime à son tour: devenir un bourreau après avoir été la victime équivaut à écoper d’une double peine. On ne passe pas par la case résilience. On en prend pour perpèt’. 

Alexandre Moix auraient des raisons d’en vouloir autant, voire encore plus, à ses parents.

Leur en vouloir d’avoir fait de son frère une victime.

Leur en vouloir de ne pas avoir su le protéger de ce frère devenu bourreau. 

Au lieu de ça, il dédouane son père et pointe son aîné comme le seul responsable de tous ses maux:

« Je le voyais comme un Petit Prince malheureux sur sa planète, un Petit Prince abîmé par les corrections qu’il écopait de mon père, mais qui, pourtant, faisaient suite aux sévices, eux bien réels, qu’il m’infligeait. Tiraillé entre le supplice qu’il me faisait subir et ses pleurs lorsqu’il se faisait corriger, je me sentais coupable. »

Les sévices des deux côtés de la fratrie étaient pourtant « bien réels ». Et les « corrections » ne venaient rien corriger du tout. Elles ne faisaient qu’amplifier et enraciner le problème.

Cette polémique est une triste illustration du cycle de la violence. Le père maltraitant a dû lui même souffrir de maltraitances dans son enfance.

Elle montre l’urgence à arrêter ce cercle vicieux et à le remplacer par le cercle virtueux de la bientraitance. Car un enfant accompagné avec gentillesse, empathie et respect ne deviendra jamais le bourreau de son frère ou de son fils. 

Il ne deviendra JAMAIS un bourreau. 

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