Encore une phrase cliché

– que l’on utilise sans y réfléchir vraiment, 

– qui ne s’applique qu’aux enfants,

– Et que l’on n’aimerait pas se voir appliquer à soi-même.


Que ressentirions-nous si un proche pensait cela vis-à-vis de nous:

« Ma chérie, oui, elle a besoin que je lui pose des limites sinon tu sais bien, ce sera rapidement la porte ouverte à toutes les fenêtres »!

Cela ne nous paraîtrait-il pas étrange si l’on nous disait:

« Votre ami a besoin que vous lui posiez des limites. C’est pour son bien ».

Une limite, selon la définition du Larousse, est une borne, un point au-delà desquels ne peuvent aller ou s’étendre une action, une influence, un état, etc. C’est l’équivalent d’un seuil de ce qui est acceptable.

Pour l’Internaute, c’est un point où s’arrête l’action de quelqu’un.

Dans les synonymes, on trouve le mot cadre, dont les enfants auraient eux aussi tant besoin.

Dans les deux cas, ce besoin (d’un cadre ou de limites) est, en pratique, un prétexte pour limiter la marge de manoeuvre de nos enfants et leur poser tout un tas d’interdictions arbitraires. 

S’ils le vivent mal, s’ils se mettent en colère, s’ils fondent en larme, c’est inévitable (ben oui, il faut bien qu’on leur pose des limites, ne pas le faire risquerait même de les inquiéter) et on ne peut alors qu’accueillir leurs  émotions.

On est encore dans un système de « pédagogie noire », si bien décrite par Alice Miller dans « C’est pour ton bien ».

Sous couvert du bien-être de nos enfants et de répondre à leurs besoins, on leur fait du mal.

Ne plus penser en terme de « pose de limites » ne veut pas dire qu’il n’y aucune limite dans la vie et qu’on n’aidera pas nos enfants à les appréhender.

Mais, simplement, on agit avec eux comme on le ferait avec n’importe quel être cher, un parent, un ami, ou l’amour de notre vie.

Si quelqu’un de notre entourage nous blesse sans le savoir, on lui dira que ça nous a fait de la peine, on tentera de lui expliquer pourquoi et on le laissera nous donner son ressenti à lui aussi (« je n’ai pas du tout réalisé », « je ne voulais pas dire ça »…).

On ne se dira jamais, c’est important que je lui pose des limites (pas très amical ni chaleureux comme la relation, non?).

Si un proche se lance dans quelque chose que l’on sait risqué pour l’avoir déjà expérimenté, on va lui en faire part. Si l’on a été victime d’une arnaque et qu’il est sur le point de faire la même erreur, on va lui passer l’information.

Là-encore, on ne sera dira pas qu’on est en train de lui poser des limites.

C’est exactement la même chose avec nos enfants. 

On leur explique quand c’est dangereux. On les protège quand ils ne sont pas encore aptes à le faire eux-mêmes.

Mais assurer leur sécurité n’a rien à voir avec les limiter. 

Les aider à comprendre ce qui peut heurter autrui. Ce qu’on a le droit de faire ou pas dans telle ou telle circonstance non plus.

Certains insistent pour continuer à utiliser les termes de limites et de cadre.

L’expression « cadre sécurisant » notamment est très populaire. Et oui, si l’on considère que cadre est synonyme d’environnement alors, en effet, il est primordial de permettre à son enfant de se sentir en sécurité.

Malgré tout, je préfère personnellement ne plus du tout penser en ces termes qui sont, bien trop teintés péjorativement. Ils nous enferment malheureusement dans une posture d’empêcheur de tourner en rond et dans l’idée qu’un parent doit limiter ses enfants.

Est-ce vraiment ce que l’on souhaite?

Réfléchissons à ce que nous voulons vraiment.

Les ouvrir sur un monde de limitations ou, au contraire, sur un monde de possibles.

Leur offrir des possibilités limitées ou des possibilités illimitées.

A nous de choisir notre angle.

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